
Par Me Serkan Kara, Barreau d’Istanbul n° 53770. Dernière mise à jour : 14 juin 2026.
La médiation en Turquie est régie par la loi n° 6325 sur la médiation dans les litiges civils (2012), en vertu de laquelle un médiateur neutre, inscrit auprès du ministère de la Justice, aide les parties à parvenir à leur propre accord ; pour de nombreuses demandes commerciales, sociales et de consommation, le recours à la médiation constitue désormais une condition préalable obligatoire à l’introduction d’une action en justice (dava şartı arabuluculuk), et un accord signé par les parties et le médiateur a la force d’un jugement et est directement exécutoire par l’intermédiaire des bureaux d’exécution.
Pour un investisseur étranger, un directeur juridique ou une entreprise transfrontalière confrontés à un litige lié à la Turquie, l’enjeu pratique est que la médiation n’est plus facultative dans plusieurs catégories essentielles : sauter une séance obligatoire ne fait pas que retarder l’affaire, cela peut faire basculer l’intégralité de la charge des frais. Nous exposons ci-dessous le déroulement de la procédure, ce qui est obligatoire, les documents à apporter et la manière dont un accord de médiation est exécuté, selon les critères qu’une partie hésitant à recourir à la médiation doit réellement peser.
Quelle loi régit la médiation en Turquie ?
La médiation en Turquie est régie par la loi n° 6325 sur la médiation dans les litiges civils, en vigueur depuis 2012, et administrée par le Département de la médiation (Arabuluculuk Daire Başkanlığı) du ministère de la Justice. La loi définit la médiation comme une négociation volontaire, confidentielle et structurée, dans laquelle un médiateur neutre facilite un accord sans rendre lui-même de décision. Les médiateurs doivent être inscrits au registre officiel du Département et avoir suivi la formation obligatoire exigée par la réglementation avant de pouvoir prendre en charge des affaires. La même loi rend exécutoire un accord de médiation signé, ce qui distingue la médiation légale turque d’une négociation informelle.
Quand la médiation est-elle obligatoire avant de saisir le tribunal ?
Dans le cadre du régime de la dava şartı (condition préalable à l’action en justice) greffé sur la loi n° 6325, la médiation constitue une première étape obligatoire avant l’introduction de certaines actions. Les catégories établies sont les litiges du travail (médiation obligatoire depuis 2018), les litiges commerciaux portant sur des créances monétaires et des demandes d’indemnisation (depuis 2019) et les litiges de consommation dépassant un certain seuil monétaire (depuis 2023). Les montants du seuil et le périmètre précis sont fixés par la loi et la réglementation et sont réévalués périodiquement ; il convient donc de vérifier la limite et la catégorie en vigueur au moment de l’introduction de l’action. Pour ces catégories, le tribunal rejettera une action introduite sans que l’étape de médiation requise ait d’abord été accomplie, ce qui fait de la médiation obligatoire un passage procédural et non une simple préférence pour le règlement amiable.
Que se passe-t-il si une partie ne se présente pas à une séance de médiation obligatoire ?
Le refus d’assister à une séance de médiation obligatoire prévue par la loi n° 6325 entraîne une conséquence financière précise. Si une partie invitée à une médiation obligatoire ne se présente pas à la première séance sans excuse valable et que le litige est ensuite porté devant le tribunal, cette partie supporte l’intégralité des frais de procédure, même si elle finit par obtenir gain de cause. Cette règle de transfert des frais constitue le mécanisme par lequel la loi assure la participation : elle ne contraint personne à conclure un accord, puisque les parties restent toujours libres de ne parvenir à aucun accord, mais elle fait de l’absence un choix coûteux. L’obligation est de se présenter et de participer de bonne foi, et non d’accepter une issue déterminée.
Comment se déroule la procédure de médiation, étape par étape ?
La procédure prévue par la loi n° 6325 est structurée mais souple, et un médiateur inscrit la conduit, de sa désignation jusqu’à son issue. En pratique, elle suit une séquence reconnaissable.
- désignation d’un médiateur inscrit, par accord des parties ou par l’intermédiaire de la liste du Département de la médiation
- une séance d’ouverture établissant la confidentialité, le périmètre et les positions des parties
- des entretiens confidentiels communs et, le cas échéant, séparés, afin d’explorer les intérêts réels de chaque partie
- une négociation facilitée vers des termes acceptables par les deux parties, avec la présence des avocats si les parties le souhaitent
- un accord de règlement écrit signé par les parties et le médiateur, ou un procès-verbal de non-accord clôturant le dossier
Tout au long du processus, le médiateur demeure neutre et n’impose rien ; les parties gardent la maîtrise de l’issue, ce qui constitue la différence structurelle avec un jugement.
Combien de temps dure une médiation en Turquie ?
La médiation légale prévue par la loi n° 6325 est conçue pour être bien plus rapide qu’un procès, la médiation obligatoire étant en particulier soumise à de courts délais légaux d’achèvement, afin qu’une affaire ne puisse pas bloquer indéfiniment les tribunaux. En pratique, de nombreux dossiers commerciaux et sociaux se concluent en quelques semaines, plutôt qu’en mois ou en années comme peut durer un procès contesté, même si le délai légal exact propre à chaque catégorie obligatoire est fixé par la loi et la réglementation et doit être vérifié pour le type de litige concerné. La médiation volontaire offre plus de souplesse, puisque les parties fixent elles-mêmes leur rythme, mais la même incitation s’applique : la valeur de la médiation réside en grande partie dans le règlement du litige avant que les frais et les délais du contentieux ne s’accumulent.
Quels documents préparer pour une médiation ?
Une médiation se déroule mieux lorsque chaque partie se présente avec les pièces qui définissent le litige, et non seulement avec ses griefs. Avant la première séance, rassemblez les éléments qui établissent en quoi consiste réellement la demande.
- le contrat ou la convention au cœur du litige ainsi que ses avenants
- la correspondance, les factures, les bons de livraison ou les documents de paie attestant la demande
- un exposé clair du montant ou de la réparation demandés et de leur mode de calcul
- les documents d’identité et de pouvoir, y compris une procuration lorsqu’un représentant assistera à la séance
- pour les parties transfrontalières, les traductions certifiées des documents en langue étrangère dont le médiateur pourrait avoir besoin
Ces mêmes documents serviront ensuite à appuyer toute action en justice si la médiation ne règle pas le litige ; les préparer en amont n’est donc jamais un effort perdu.
Comment un accord de médiation est-il exécuté ?
Un accord de règlement conclu sous l’empire de la loi n° 6325 n’est pas un simple contrat privé. Une fois signé par les parties et le médiateur, il a la force d’un jugement et peut être exécuté directement par l’intermédiaire des bureaux d’exécution (icra daireleri) sans action distincte ; lorsque les parties obtiennent une mention d’exécutoire (icra edilebilirlik şerhi) du tribunal compétent, l’accord revêt le statut d’un document équivalent à un jugement aux fins de l’exécution. Pour les parties transfrontalières, ce point est important, car un accord de médiation conclu en bonne et due forme, signé et correctement enregistré, offre une voie de recouvrement plus rapide qu’un jugement contesté, et le cadre procédural du code de procédure civile n° 6100 vient soutenir les étapes judiciaires lorsqu’elles sont nécessaires.
Quand la médiation est-elle un mauvais choix ?
La médiation est un outil puissant, mais elle ne convient pas en toutes circonstances. Elle fonctionne lorsque les deux parties peuvent négocier de bonne foi et qu’une relation commerciale ou personnelle continue mérite d’être préservée. Elle est mal adaptée, et la loi comme la pratique le reconnaissent, en présence d’un déséquilibre de pouvoir grave que le processus ne peut corriger, lorsque l’affaire met en jeu des violences ou des abus, lorsqu’une partie refuse purement et simplement de s’engager, ou lorsque le litige repose sur un point de droit contesté qui appelle une décision judiciaire contraignante plutôt qu’un compromis. En droit de la famille turc, par exemple, le divorce lui-même est prononcé par le tribunal et n’est pas soumis à la médiation obligatoire, bien que les parties puissent recourir à une négociation facilitée pour convenir des termes d’un protocole de divorce par consentement mutuel. Choisir la médiation alors que c’est une décision judiciaire dont l’affaire a réellement besoin fait perdre un temps que la règle de transfert des frais ne remboursera pas.
Médiation et contentieux en Turquie : comparaison
| Critère | Médiation (loi n° 6325) | Contentieux (procédure judiciaire) |
|---|---|---|
| Qui décide | Les parties ; le médiateur n’impose rien | Le juge, par un jugement contraignant |
| Confidentialité | Confidentielle de par la loi | Procédure généralement publique |
| Durée habituelle | Quelques semaines pour de nombreux dossiers ; délais légaux pour les affaires obligatoires | De plusieurs mois à plusieurs années pour les affaires contestées |
| Maîtrise de l’issue | Élevée ; l’accord est façonné par les parties | Faible ; l’issue est fixée par le tribunal |
| Force exécutoire | L’accord signé a la force d’un jugement | Le jugement définitif est exécuté par les bureaux d’exécution |
| Impact sur la relation | Peut préserver les relations commerciales ou personnelles | Souvent conflictuel et destructeur pour la relation |
Utilisez ce tableau comme premier filtre, puis confrontez-le au litige concret, car la bonne voie dépend de ce que vous recherchez : un compromis ou une décision contraignante.
Foire aux questions
La médiation est-elle obligatoire pour tous les litiges en Turquie ?
Non. La médiation n’est obligatoire que pour des catégories précises relevant du régime de la dava şartı greffé sur la loi n° 6325, principalement les litiges du travail, les demandes commerciales monétaires et d’indemnisation, et les litiges de consommation dépassant un seuil fixé. Pour ces catégories, l’accomplissement de la médiation est une condition préalable à l’introduction de l’action. La plupart des autres litiges peuvent recourir à la médiation de manière volontaire, mais n’y sont pas tenus. Comme les catégories et les seuils sont réévalués périodiquement, vérifiez si votre type de litige relève de la médiation obligatoire en vigueur au moment où vous comptez introduire l’action.
Un accord de médiation a-t-il le même effet qu’un jugement ?
Oui, quant à sa force exécutoire. En vertu de la loi n° 6325, un accord signé par les parties et le médiateur a la force d’un jugement et peut être exécuté directement par l’intermédiaire des bureaux d’exécution ; assorti d’une mention d’exécutoire délivrée par le tribunal compétent, il vaut document équivalent à un jugement aux fins de l’exécution. C’est là l’avantage déterminant par rapport à un règlement informel : l’accord n’est pas un simple contrat sur lequel il faudrait engager une action, mais un instrument que vous pouvez faire exécuter.
Les parties étrangères peuvent-elles recourir à la médiation en Turquie ?
Oui. La médiation prévue par la loi n° 6325 est ouverte aux parties étrangères et transfrontalières, et les mêmes catégories obligatoires et règles de force exécutoire s’appliquent. Une partie étrangère devrait préparer des traductions certifiées des documents clés, désigner un représentant muni d’une procuration en bonne et due forme lorsqu’elle ne sera pas présente en personne, et obtenir un avis juridique sur le point de savoir si le litige relève de la médiation obligatoire. Un accord dûment signé et enregistré offre alors une voie d’exécution directe, souvent plus rapide et plus prévisible qu’un contentieux transfrontalier contesté.
Que se passe-t-il si la médiation n’aboutit pas à un accord ?
Si les parties ne parviennent pas à s’entendre, le médiateur clôt le dossier par un procès-verbal de non-accord et, pour une catégorie obligatoire, ce procès-verbal satisfait à la condition préalable à l’action, de sorte que le demandeur peut alors saisir le tribunal. En principe, rien de ce qui a été dit au cours de la médiation confidentielle ne peut être utilisé contre une partie dans l’affaire ultérieure. Les documents préparés pour la médiation se reportent directement dans l’acte introductif d’instance ; une médiation infructueuse est donc rarement vaine : elle franchit le passage procédural et affine le dossier en vue du contentieux.
Réglez votre litige lié à la Turquie avant que les frais de contentieux ne s’accumulent
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